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 Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)

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HERVE




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MessageSujet: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMar 25 Aoû 2020 - 10:51


Une série de trois articles sur le site internet du magazine MEDOR

https://medor.coop/


Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Tue10


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HERVE




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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMar 25 Aoû 2020 - 11:13


Tueries du Brabant : et si c’était les Américains (1/3)

Printemps 1998 : la secrète délégation belge

Enquêtes (CC BY-NC-ND) : Philippe Engels

Publié le 25/08/2020

Au début des années 1980, les Tueurs du Brabant ont assassiné 28 personnes, le plus souvent dans des grandes surfaces. Braqueurs, gendarmes ou extrémistes de droite : toutes les hypothèses ont été testées. Sauf une. Celle d’une implication majeure des États-Unis. À l’époque, la menace communiste obsédait la première puissance mondiale. Dans plusieurs pays d’Europe, les services secrets américains auraient déstabilisé l’État, les gouvernements pour forcer un coup de barre à droite. Médor publie des documents exclusifs montrant qu’en 1998, les chefs d’enquête du dossier « Tueries » se rendent en Italie, qu’ils croient à cette thèse, puis qu’ils… refusent de coopérer avec la justice italienne.

La CIA, les renseignements militaires américains (la DIA) et, en fait, le gouvernement des États-Unis sont-ils impliqués dans les Tueries du Brabant ? Bientôt 35 ans après le dernier braquage violent des années 1982 à 1985, ayant coûté la vie à un minimum de 28 innocents, souvent à l’heure de pointe et dans des supermarchés de la région bruxelloise, la plus importante série criminelle de notre histoire reste insoluble. Six générations d’enquêteurs se sont limés les dents sur ce mystère. Elles ont suivi la piste de simples braqueurs, imaginé qu’il y avait une seule bande de tueurs, ou plusieurs. Elles ont testé le mobile d’une déstabilisation de l’État par l’extrême droite, très infiltrée à l’époque dans l’armée, la gendarmerie et même les milieux politiques. Mais la justice belge n’a jamais mis en cause les USA. Ou plutôt : la Belgique a enfoui le « problème ».

Faire peur aux populations européennes, bousculer leurs gouvernants en brandissant la menace communiste, incarnée à l’époque par l’URSS (aujourd’hui, la Russie), obtenir un alignement de leurs alliés sur une politique ultra sécuritaire : cette thèse éminemment politique et géostratégique signifierait que les États-Unis auraient laissé faire – voire encouragé – différentes formes d’attentats dans quatre pays au moins : la Belgique, le Luxembourg, l’Italie et l’Allemagne (dont Médor vous parlera demain, dans un épisode 2). Une stratégie de la tension. À défaut de parler d’un réel terrorisme d’État.

Raisonnement saugrenu, théorie du complot ?

Médor publie des documents inédits qui indiquent l’inverse. Ils prouvent qu’en 1998, les magistrats belges chargés d’élucider les Tueries du Brabant prennent cette thèse politique très au sérieux.

Cette semaine, Médor vous plonge dans un roman d’espionnage basé uniquement sur des faits réels. Aujourd’hui : des documents inédits sur la « Stratégie de la tension ». Demain : en quoi l’Italie, le Luxembourg et… la Belgique ont pu être frappé au même moment, il y a bientôt 40 ans, par un terrorisme politique pro-américain. Jeudi : à l’exemple de la justice italienne, en passe de résoudre l’attentat du 2 août 1980, à la gare de Bologne, cette grille de lecture peut-elle éclairer le mystère des Tueries du Brabant ?

Terroriser les Européens

Les faits ? En mai 1998, une délégation belge se rend en Italie, en commission rogatoire, comme on dit dans le jargon. Autrement dit : pour enquêter. Voici ce qu’écrit le juge d’instruction Jean-Pol Raynal à ses collègues italiens, qui cherchent en vain les auteurs de « leurs » attentats à la bombe à la gare de Bologne (1980) et avant ça sur la piazza Fontana de Milan (1969) ou à Brescia (1974) :

« Il n’est pas exclu en effet que sous couvert de crimes ou d’agressions mortelles à l’occasion desquelles un butin dérisoire a été emporté par les auteurs, ceux-ci ont en réalité agi dans le but de déstabiliser l’État en terrorisant la population. »

Le juge Raynal demande à rencontrer ses collègues italiens. Dans sa requête du 17 avril 1998 transmise via l’ambassade de Belgique à Rome, où intervient l’officier de liaison Danny Jamers, Jean-Pol Raynal énumère la ressemblance entre les attentats en Italie et les Tueries du Brabant : des attaques imputées à l’extrême gauche ont brouillé les pistes dans les deux pays, des civils mais aussi des policiers « attirés dans un guet-apens » ont été ciblés.

Le juge belge se veut clair :

« Il importe de prendre sérieusement en considération l’hypothèse suivant laquelle les agressions des tueurs du Brabant ont un mobile apparent de droit commun qui camouflerait un mobile politique procédant de la stratégie de la tension […] La piste la plus importante actuellement suivie par les enquêteurs belges a pour cible d’anciens policiers ou gendarmes étroitement liés à des suspects d’extrême droite. »

La tension

Parmi les pièces sollicitées par les magistrats belges lors de leur mission-éclair en Italie figure un document saisi auprès de la fille du financier Licio Gelli, maître de la loge maçonnique Propaganda Due, impliquée dans l’attentat de Bologne et dans l’exécution du député Aldo Moro, personnalité forte et dérangeante de la Démocratie chrétienne.

Ce document date de 1970. Il émanerait du général américain William Westmoreland, qui a commandé les opérations militaires lors de la guerre du Vietnam et est resté intransigeant dans son combat face au communisme. Il y est détaillé en ces mots la fameuse « stratégie de la tension », à mener dans les « pays hôtes » des États-Unis, alliés à ceux-ci et accueillant des troupes ou des équipements militaires déployés face à l’ennemi soviétique :

« Il peut arriver que les gouvernements des pays hôtes démontrent une certaine passivité ou indécision dans leurs rapports avec la subversion communiste […] Dans ces cas-là, les services secrets de l’armée américaine doivent avoir les moyens de lancer des opérations particulières nécessaires pour convaincre les gouvernements de ces pays hôtes ainsi que l’opinion publique de la réalité du danger de cette insurrection et de la nécessité de mettre en place des actions pour la contrecarrer. »

Un appel à des attentats, à des actions violentes pour marquer l’opinion ?

Cette idéologie combative se retrouve dans un autre document imputé, à tort ou à raison (une manipulation des services secrets soviétiques – le KGB – a été évoquée), à un haut officier de l’armée américaine. En 1979, le général Alexander Haig aurait écrit ceci au secrétaire général de l’OTAN, basé à Bruxelles, en référence à la menace nucléaire émergente :

« Si les accords, la persuasion et la recherche d’impact sur les médias échouent, nous n’avons d’autre choix que de secouer les plus timorés en Europe, créant des situations, si nécessaire pays par pays, pour les convaincre de leurs intérêts. »

Quitte à sacrifier des vies ?

_ _ _

Un message intriguant

Selon une source judiciaire italienne, « la » raison essentielle de la commission rogatoire en Italie, au printemps 1998, portait un nom – celui du Français Yves Guérin-Sérac – et visait à comprendre le message que cette figure de l’extrême droite aurait adressé aux autorités belges avant la fin des tueries :

   « Les tueries s’arrêteront si les bases de l’OTAN peuvent rester (en Belgique). »

   Message reçu par les autorités belges. C’est le Français Guérin-Serac qui l’aurait signifié.


Yves Guérin-Sérac, connu aussi sous le nom d'Yves Guillou. Né en 1926 à Ploubezre (Bretagne). Ancien officier de l'armée française, ayant servi en Indochine puis considéré comme un activiste d'extrême droite.

Aujourd’hui à la retraite, Jean-Pol Raynal ne s’est jamais expliqué sur cette mission en Italie. L’officier de police assurant à l’époque la liaison entre Rome et Bruxelles, Danny Jamers, a déclaré à Médor qu’il avait « oublié ces détails  ». Jamers est reconverti dans la politique, conseiller communal dans une petite localité du Limbourg et défendant désormais les couleurs des nationalistes de la N-VA.

Qui est ce Guérin-Sérac, figurant bel et bien sur la liste des suspects transmise aux magistrats italiens sollicités en 1998 ?

« Les principales questions des Belges portaient sur ce cerveau de l’extrême droite et sur d’autres membres présumés d’une sorte d’internationale anticommuniste très bien structurée durant les années 70 et 80 », déclare un magistrat italien consulté lors de cette mystérieuse commission rogatoire. Il préfère l’anonymat pour ne pas compromettre les enquêtes qui s’activent en ce moment dans son pays. « Nos homologues belges sont restés très secrets sur leurs enquêtes, dit-il. Je n’ai jamais compris cette attitude. Il n’y a pas eu de véritable coopération. C’est bien dommage pour leurs enquêtes et pour les nôtres. A l’époque, nous avions l’intention d’interpeller Yves Guérin-Sérac. »

« Cette délégation belge de cinq personnes nous a désarçonnés dès les premiers instants, poursuit ce témoin italien. Nous avons compris que trois personnages importants à nos yeux, aussi, les intéressaient. »

   « Il y a eu un malaise, puis les Belges se sont refermés comme une huître. »
 


A qui s’intéressaient les magistrats belges ?


Décédé il y a bientôt un an, Stefano Delle Chiaie, au carrefour de plusieurs formations néofascistes, a toujours été considéré comme l’un des cerveaux des attentats commis en Italie.

L’avocat Mario Spandre a été présenté aux Italiens comme un trafiquant d’armes bien introduit dans les lieux de pouvoir et l’extrême droite belge.

Quant au Français Yves Guérin-Sérac, fondateur de l’agence Aginter Presse et dont l’influence semblait égale à celle de Delle Chiaie, c’est donc lui « qui focalisait l’attention des magistrats belges ». « Quand nous avons cherché à comprendre pourquoi, la délégation belge a demandé à se concerter. Et on nous a alors fait savoir que c’était très délicat, que Guérin-Sérac avait, à l’époque où le drame aurait pu être évité, signifié aux autorités belges que les tueries s’arrêteraient si les bases de l’OTAN établies en Belgique pouvaient y rester. Il y a eu un malaise. Puis, les Belges se sont refermés comme une huître. »

De manière volontaire ou non, la justice belge ne coopéra pas avec son homologue italienne. Les échanges d’informations furent très limités. Ce Guérin-Sérac n’a jamais été auditionné ni en direct, ni à distance par la cellule d’enquête «  Tueries du Brabant  ». Et cette thèse politique internationale a été rangée au frigo de l’histoire.

Chez Degrelle

Les enquêteurs de l’époque se privèrent d’un paquet d’informations sensibles qui auraient pu être utiles pour remonter aux Tueurs du Brabant ou à ceux qui les ont nourris sur un plan idéologique : les connexions de ces trois hommes – Guérin-Sérac, Spandre et Delle Chiaie – avec les services de renseignements américains, leurs entrées à l’OTAN, leur recours commun à la fausse agence d’information Aginter Presse, basée à Lisbonne et utilisée à coup sûr par les auteurs d’attentats sur le sol italien. Mais aussi les allers-retours de ces hommes repérés comme dangereux, avec la Belgique, ou leur exil final sur les terres d’Espagne ou d’Amérique latine, où se réfugièrent au même moment Léon Degrelle et d’autres figures inspiratrices de cette extrême droite ayant ses ramifications jusqu’au sein des gouvernements ou des forces de police de plusieurs pays d’Europe occidentale.


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HERVE




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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMar 25 Aoû 2020 - 12:49


Cela fait penser à des messages récents sur le fil de discussion consacré à "Aginter Presse" :

https://tueriesdubrabant.1fr1.net/t2046p275-aginter-press?highlight=Aginter

et notamment aux Açores.


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMar 25 Aoû 2020 - 14:03


Il y a un fil de discussion sur Mario Spandre :

https://tueriesdubrabant.1fr1.net/t984-spandre-mario?highlight=Mario+Spandre

Son nom est cité dans les archives de Aginter Presse, en lien avec son intérêt pour les mercenaires.


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMar 25 Aoû 2020 - 17:15


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMar 25 Aoû 2020 - 17:20



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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMar 25 Aoû 2020 - 18:25


La lettre de Alexander Haig à Joseph Luns qui est reprise dans l'article de MEDOR a été notamment publiée par le "Morning Star" du samedi 5 février 1983.


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Il y a un fil de discussion sur Alexander Haig :

https://tueriesdubrabant.1fr1.net/t2339-alexander-haig?highlight=HAIG


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMer 26 Aoû 2020 - 10:33




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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMer 26 Aoû 2020 - 10:54


Tueries du Brabant : et si c’était les Américains (2/3)

Années 80 : les faucons planent sur l’Europe

Enquêtes (CC BY-NC-ND) : Philippe Engels

Publié le 26/08/2020

Bombes à Bologne et Munich, pylônes et équipements stratégiques détruits à Luxembourg, tueries sauvages autour de Bruxelles : de 1980 à 1986, l’Europe bascule dans la terreur. Et les États-Unis y obtiennent une politique mieux alignée sur leurs préoccupations sécuritaires. Jamais, à ce jour, un lien formel n’a pourtant été établi entre ces différents « attentats ».

2 août 1980, à Bologne. La gare explose et ensevelit 85 victimes. À Munich, deux mois plus tard, une bombe éclate à l’occasion d’une fête populaire. Dans la province du Brabant, en Belgique, de 1982 à 1985, des tueurs portant des masques de carnaval liquident des clients ordinaires aux abords de supermarchés. Au Luxembourg, entre le 30 mai 1984 et le 25 mars 1986, c’est un aéroport, un centre de télécommunications et des conduites électriques qui sont ciblés, sans faire de morts.

Sous une poussière accumulée durant près de quarante ans, ces dossiers sont autant d’affaires d’État. Outre le mystère qui les entoure, elles pourraient avoir un point commun : l’ombre des services secrets américains. Ont-ils laissé faire ou facilité ces agressions ? L’objectif consisterait à secouer l’opinion publique en Europe occidentale, obliger les gouvernants à serrer la barre à droite et renforcer la lutte contre la menace soviétique. Une vraie obsession dans l’état-major de l’armée américaine, à mesure que l’URSS (aujourd’hui, la Russie) développa son arsenal nucléaire.

Et si c’était « ça », la prise de contrôle des États-Unis sur la vieille Europe ? L’amorce d’une politique d’hyper-surveillance.

   « La marque américaine qui semble la plus évidente : des attentats ciblés au Luxembourg comme pour l’obliger à renforcer ses frontières. »

En toute discrétion, au printemps 2014, une équipe de hauts magistrats belges a avalé les 200 kilomètres qui mènent au Grand-Duché de Luxembourg. C’était la première fois qu’une véritable réunion de travail rassemblait les enquêteurs en charge des Tueries du Brabant (28 morts) et ceux pistant les Bommeleeër, ces poseurs de bombes ayant récidivé à 17 reprises au Luxembourg. D’un côté, des braquages sanglants à l’arme lourde. De l’autre, des attaques ciblées visant manifestement à éviter la moindre victime physique. Jusque-là, ces dissemblances manifestes avaient incité la justice des deux voisins à perpétuer les habitudes : chacun chez soi. Mais il y a six ans, donc, la sixième juge d’instruction « dépêchée » sur les traces des tueurs masqués dits « du Brabant », l’Hennuyère Martine Michel, a ravivé la piste de l’extrême droite, recentré l’enquête sur un possible mobile terroriste et poussé l’investigation sur les connexions américaines de plusieurs suspects au passé néonazi.

Qu’est-il advenu de ces échanges entre magistrats belges et luxembourgeois ? Rien. Même chose qu’en 1998 quand les prédécesseurs de la juge Michel s’étaient rendus en Italie avec la même intention (lire l’épisode 1). Pas de suivi. Aucune coopération judiciaire véritable à propos de ces mystérieuses « années de plomb ».


L’agent « américain » Joël Lhost

Pourtant, les indices d’une implication américaine n’ont pas manqué. Il y a cinq ans, Martine Michel et ses enquêteurs ont notamment tenté d’authentifier le témoignage précis, émanant d’un ancien agent des services de renseignement. Son nom est inconnu du grand public, car le dossier des Tueries n’intéresse plus qu’une poignée de fanatiques et quelques journalistes : l’ex-agent Joël Lhost vit reclus, menacé, caché en France pour éviter les mauvais coups. Il est certain aujourd’hui qu’à l’époque des Tueries, Lhost travaillait pour la Sûreté de l’État belge (les renseignements civils) et le SDRA-8 (l’équivalent militaire de la Sûreté). Mais aussi et surtout… pour la DIA (les services secrets de l’armée américaine).

(...)

Code vert pour Chièvres

La justice belge n’a trouvé aucune raison de contester les déclarations détaillées de l’agent secret Joël Lhost quant à la journée spéciale du 27 septembre 1985. Vers 10 heures du matin, il aurait réceptionné une mallette contenant un ordre de mission et un émetteur de radio. Il s’agissait de surveiller une route menant à l’aéroport militaire de Chièvres (au nord-ouest de Mons), occupé par l’armée américaine. Aucune présence policière ? Il devait délivrer un code vert. Si la voie n’était pas libre, taper bleu. Le « go ! » fut envoyé entre 21h30 et 22 heures. Ce qui correspond pile poil au timing des Tueurs du Brabant, dont il est tout aussi certain qu’ils venaient de braquer les magasins Delhaize de Braine-l’Alleud puis d’Overijse, à 80 kilomètres de là. Huit morts en quelques minutes. De l’ultra-violent. À l’image d’un commando militaire, ont convenu tous les témoins.

À son insu, l’agent secret aurait-il ouvert la voie aux assassins, qui se sont volatilisés ce soir-là ? Ont-ils été exfiltrés par les airs, via cet aéroport de Chièvres où tout plan de vol est « secret defense » ? L’enquête judiciaire a révélé que la fameuse mission du 27 septembre 1985 aurait été confiée à l’agent secret par un officier de… la DIA (l’équivalent militaire de la CIA, les services secrets américains). Lors d’une confrontation, il y a cinq ans, c’est ce qu’a sous-entendu aux enquêteurs l’ancien employeur de Lhost, le colonel Rémy Ulens, travaillant pour le SDRA-8.

Le vrai donneur d’ordre pour cette mission spéciale de 1985, à Chièvres, aurait travaillé à l’époque pour le Shape, le QG européen des forces alliées : l’officier belge Ulens a confirmé aux enquêteurs ce qu’a toujours affirmé l’agent Lhost, à savoir que les ordres venaient de plus haut.

Le Shape ? Basé à Mons, il est l’équivalent de l’OTAN, mais pour toute opération militaire. Aujourd’hui, l’énigmatique donneur d’ordre américain du 27 septembre 1985 n’a toujours pas été retrouvé et la justice belge a décidément renoncé à touiller dans ces eaux troubles.

(...)

Médor publie ci-dessous une partie des auditions judiciaires de l’agent secret Joël Lhost. Celui-ci affirme notamment qu’il a rempli une mission s’apparentant à un coup de pouce aux Tueurs du Brabant, le 27 septembre 1985, jour de l’avant-dernière tuerie. La justice belge dit avoir tout fait pour isoler le commanditaire de cette mission. Tout converge vers un officier américain de la DIA. Son nom ? Cassidy. Là, c’est le black-out.

Confrontation avec l’officier belge Remy Ulens

Le 30 mars 2015, les enquêteurs belges donnent du crédit aux déclarations de l’agent Joël Lhost. Le 17 avril 2015, ils vont le confronter à son officier traitant au SDRA-8 (les services de renseignements de l’armée, tels qu’ils se nommaient à l’époque). Lhost pense que cet officier se nomme « le colonel Remy ». Sa vraie identité semble être « Remy Ulens ». Il y est question des missions confiées à Lhost par la Sûreté de l’État (SE), le SDRA-8 ou la DIA (les renseignements militaires de l’armée américaine). Selon Lhost, les ordres venaient du « colonel Cassidy », de la DIA, qui n’a jamais été retrouvé.

L’étouffoir

La thèse d’une implication américaine dans les Tueries du Brabant a agité les esprits autant qu’elle a divisé. Jusqu’à son dernier souffle, en avril 2015, l’avocat des victimes Michel Graindorge aura plaidé pour qu’on explore cette thèse. Voici ce qu’il nous répétait juste avant son décès : « Vous trouvez normal, vous, que ni par la voie officielle ni par un quelconque autre canal, les États-Unis n’ont jamais apporté la moindre collaboration à la justice belge, alors que la Belgique était à feu et à sang et que l’OTAN ou le Shape auraient pu être visés par les attaques terroristes des Tueurs du Brabant ? » Comme plusieurs acteurs ou témoins, l’avocat Graindorge a toujours estimé que ces Tueries résultaient d’une volonté terroriste de bousculer l’’État, que l’extrême droite était à la barre et que la CIA ou la DIA ont manipulé des fanatiques néofascistes.

   « Dès qu’on s’approche de la vérité, cela bloque. » Pourquoi un tel fatalisme ?

Il y a deux ans, quand ils étaient encore à la supervision de l’enquête, les procureurs généraux Christian De Valkeneer et Ignacio Della Serna nous ont indiqué ceci : « Dans cette investigation à rallonge, dès qu’on s’approche de la vérité et du mobile d’extrême-droite, on a l’impression qu’il existe des forces occultes pour s’en écarter. »

En Italie, où les premiers attentats avaient commencé à la fin des années 1960, des tribunaux ont récemment permis de percer une part du mystère. La surprise pourrait venir de là : petit à petit, les Italiens découvrent à quel point leurs services secrets, des formations d’extrême droite et l’œil de Washington ont regardé dans la même direction (lire l’épisode 3, demain).

Au Luxembourg, le procès des poseurs de bombes (les Bommeleeër) s’est arrêté net il y a six ans, en juillet 2014. Du jamais vu au Grand-Duché ! Deux présumés coupables, des gendarmes sans grade, ont manifestement empoisonné la vie politique et compromis la réputation du gouvernement luxembourgeois de l’époque en mettant en cause les services secrets. À la barre ou dans les médias, les avocats des deux gendarmes, Gaston Vogel et Lydie Lorang, ont ouvertement mouillé les services de renseignement américains. Et le procès a été ajourné sans fixer de délai.

Le patron de la Sûreté a « oublié » les noms

Au début des années 1980, l’Europe s’imaginait libérée du duel à distance entre l’allié américain et l’URSS à bout de souffle. Mais Washington avait d’autres projets pour les petits cousins européens, qui pouvaient faire office de premiers remparts contre le communisme et les chars de l’armée rouge. Des déclarations d’officiels américains indiquent qu’à l’époque, les USA ont testé la capacité de résistance de tous leurs partenaires d’Europe occidentale. Ils ont pu favoriser ou laisser faire des attentats perçus comme autant de signaux d’alerte : les forces de l’ordre, en Europe, n’étaient pas organisées pour contrer une menace sérieuse. Cela paraît insensé près de quarante ans plus tard, mais les faucons entourant le président Ronald Reagan voulaient être sûrs que le Luxembourg, la Belgique ou même l’Italie et l’Allemagne pourraient faire barrage en cas d’invasion de la Pologne, par exemple.

   « Le réseau Gladio est resté un mystère. Il était contrôlé par les USA. »


Outre les moyens diplomatiques classiques, la sensibilisation d’officiers de la gendarmerie ou de l’armée ainsi que l’infiltration de groupes radicaux souvent d’extrême droite, les États-Unis disposaient d’une armée secrète qui a fait couler beaucoup d’encre : le réseau « Stay Behind » ou « Gladio » a fonctionné jusqu’au début des années 1990. Il était composé des résistants de la première heure. Des militaires, le plus souvent, formés pour espionner et chargés d’organiser la contre-offensive en cas d’occupation de l’Europe par l’Union soviétique.

En 1991, à l’occasion d’une commission d’enquête parlementaire, la Belgique politique et médiatique exigea des patrons de la Sûreté de l’État et du SDRA-8, Albert Raes et Bernard Legrand, qu’ils donnent les noms des 52 membres belges du Gladio. L’idée était de confronter ces noms à la liste des suspects dans le dossier des Tueries du Brabant. Le lieutenant-colonel Legrand estima qu’il fallait protéger l’identité de ces soldats clandestins. Albert Raes affirma qu’il avait oublié les noms.


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyJeu 27 Aoû 2020 - 10:54



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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyJeu 27 Aoû 2020 - 10:57


https://medor.coop/exclusivite-web/tueries-du-brabant-et-si-c%C3%A9taient-les-am%C3%A9ricains/tueries-du-brabant-et-si-cetait-les-americains-33/

Tueries du Brabant : et si c’était les Américains (3/3)

La vérité viendra d’Italie


Enquêtes Par Philippe Engels

Publié le 27/08/2020

Lentement, mais sûrement, la justice italienne démasque les vrais auteurs et, surtout, les commanditaires des attentats politiques des années 60 à 90. La Belgique, elle, s’y refuse.

L’Italie serait-elle en passe de réussir ce que la Belgique ne parvient pas à faire depuis plus de 35 ans (lire les épisodes 1 et 2) ? Après les vacances, si le Covid le permet, la justice transalpine cherchera à faire éclore un nouveau bout de vérité sur une période récente et ultra-violente de son histoire. Un tabou pourrait tomber lors du procès dit « de Bologne » : tous les noms, les mobiles et le financement des auteurs de l’attentat le plus sanglant de l’histoire d’Italie. À 10h25, le mercredi 2 août 1980, une bombe explose dans une salle d’attente de la gare de Bologne, remplie de vacanciers. 85 morts innocents et un poids infernal sur le ventre de ce pays où est née une des formes les plus abouties de la démocratie représentative. Bologne ? L’équivalent de nos Tueries du Brabant (28 meurtres non élucidés, commis de 1982 à 1985).

   « C’est en nous. Nous devons savoir ! »
                         Antonella Beccaria, journaliste.

« C’est en nous. Nous devons savoir ! », clame la journaliste d’investigation Antonella Beccaria, qui avait 7 ans au moment de la déflagration et qui a publié de nombreux ouvrages sur le sujet, dont le tout récent Dossier Bologna (lire son blog et une interview publiée à la sortie du livre).

« Quando l’ingiustizia diventa legge, la resistenza diventa dovere » (Quand l’injustice devient la loi, la résistance devient un devoir), lui a répondu en écho, fin juillet, l’un des nombreux groupements antifascistes qui a survécu à l’omerta.

À partir des années 1960, une vague interminable d’attentats sanglants, le meurtre d’hommes politiques ou de magistrats et plusieurs tentatives de coups d’État ont déstabilisé l’Italie, alliée de l’Allemagne au cours de la Seconde Guerre mondiale. Bologne, Milan, Palerme, Aldo Moro, Giovanni Falcone, la loge P2 sont les lieux ou les noms ancrés dans la mémoire collective.

Depuis la Belgique, on a pu croire que ces « années de plomb » n’étaient « que » des histoires de mafia, de drogue ou de corruption. On a confondu les Brigades Rouges – l’extrême gauche armée à qui l’attentat de Bologne ou celui de la piazza Fontana, à Milan, en 1969, a été longtemps imputé – et l’extrême droite violente incarnée par Ordine Nuovo ou le Movimento Sociale Italiano (MSI).

L’OTAN, la CIA et le FBI suspectés

Mais lentement, les Italiens ont démêlé le vrai du faux, aiguisant leur regard critique sur un système de représentation politique vicié de l’intérieur. Les statues d’affables chefs de gouvernement, comme celle du démocrate-chrétien Giulio Andreotti, ont été déboulonnées. Leur collusion avec la mafia est apparue endémique. Les services de renseignement ont perdu tout crédit quand il est apparu qu’ils avaient favorisé des projets terroristes visant à déstabiliser l’État. Même l’OTAN, la CIA ou le FBI ont été suspectés d’encourager l’extrême droite, bras armé d’une lutte séculaire contre le communisme.

Pour Bologne, la responsabilité de la loge P2 (Propaganda Due), dirigée par Licio Gelli, mort en 2015, devrait être éclatante lors du procès tant attendu de l’automne. Cette loge maçonnique était une sorte d’État dans l’État, réunissant affairistes et politiciens, connectée aux groupements d’extrême droite et secrètement financée, selon plusieurs médias italiens, par les États-Unis.

En 2015, une première décision judiciaire marqua les esprits. Un dirigeant d’Ordine Nuovo et un agent du SID (le service d’information de la Défense) furent reconnus coupables de l’attentat de la piazza della Logia, à Brescia, qui coûta la vie à 8 personnes lors d’une manifestation antifasciste, le 28 mai 1974. « Une sentence historique », titra le quotidien La Stampa, « car jamais on n’avait été aussi clair à désigner la responsabilité conjointe d’Ordine Nuovo (l’extrême droite) et des services secrets dans les attentats de cette période ».

Tout au long de ce procès, à Brescia, un enquêteur démontra sa connaissance encyclopédique d’une forme d’ « internationale d’extrême droite » – composée aussi de quelques Belges – qu’il a estimée « impliquée dans tous les attentats des années de plomb ». Il s’agit du lieutenant-colonel Massimo Giraudo, membre des unités antiterroristes de la police italienne. Un élément clé des procès en cours.

Occasion manquée

C’est Massimo Giraudo qui accueillit, au printemps 1998, les magistrats belges venus en Italie à la recherche de liens, de méthodes d’investigation communes, de ressemblances avec les Tueries du Brabant. À l’époque, le juge d’instruction Jean-Pol Raynal et l’avocat-général Claude Michaux venaient de reprendre le dossier. Ils l’abordaient avec un regard neuf. Les questions posées à leurs homologues italiens (lire l’épisode 1) démontrent qu’eux aussi accréditaient la thèse politique d’une déstabilisation de l’État par une sorte de commando terroriste, d’extrême droite et composé notamment de gendarmes entraînés. Mais on l’a vu, les Belges refusèrent de coopérer avec les Italiens et, à leur retour à Charleroi, ils enterrèrent cette piste politique d’un terrorisme international.

Côté italien, on dit regretter cette occasion manquée. Une source indique que la justice italienne s’apprêtait à arrêter Guérin-Sérac. « Il n’y a pas eu de partenariat judiciaire entre nos deux pays. Tout comme les États-Unis ont refusé toute coopération quand nous avons souhaité leur poser des questions relatives à l’implication de certains services américains dans les attentats des années de plomb. »

« Je n’ai jamais douté de l’implication de la DIA dans l’attentat de Bologne (NDLR : les services secrets de l’armée américaine), commente la journaliste Antonella Beccaria. Les enquêtes judiciaires ont révélé que des auteurs, des organisateurs d’attentats avaient leurs entrées voire travaillaient au sein des bases de l’OTAN situées dans le nord de l’Italie. » Pour l’autrice de Dossier Bologna, le procès qui va commencer est un moment « très, très important » pour son pays. « Jusqu’à présent, Licio Gelli et la loge P2 n’avaient été condamnés que pour entrave aux enquêtes. Là, il est question de leur responsabilité directe en termes de coordination, de financement et de mise en œuvre. »

   « Je n’ai jamais douté de l’implication de la DIA dans l’attentat de Bologne. Mais maintenant, c’est un juge qui va le dire. »
            Antonella Beccaria, journaliste.

À l’occasion de la commission rogatoire de 1998, la délégation belge s’intéressa à un informateur crucial aux yeux des magistrats italiens en charge des attentats de Milan, de Brescia et de Bologne. Un homme qui fait avancer les investigations. Son nom est longtemps resté secret. Il s’agit du repenti Gaetano Orlando, ex-fondateur du Movimento di Azione Rivoluzionara (MAR), un groupe extrémiste associé à Ordine Nuovo. C’est un tout gros poisson, proche de Stefano Delle Chiaie, l’un des leaders de l’extrême droite italienne voire internationale.

Ce qu’indique ce Gaetano Orlando ? Le leader d’extrême droite a affirmé aux enquêteurs italiens qu’il avait trouvé refuge en Belgique au mois de juin 1974, alors qu’il était suspecté et en fuite juste après l’attentat de Brescia, commis quelques semaines plus tôt.

Comme on peut le lire dans les PV d’audition ci-dessous, Gaetano Orlando détailla sa fuite. Il affirma aux policiers qu’il avait trouvé refuge en Suisse, qu’il y fut repéré et qu’il se cacha ensuite à Bruxelles. Chez Mario Spandre, un avocat qui défendit une personnalité politique d’extrême droite souvent citée dans l’affaire des Tueries du Brabant (le « baron noir » Benoît de Bonvoisin).

Dans la foulée, Orlando et Spandre auraient assisté à une réunion au siège bruxellois de l’OTAN. D’après les PV d’audition d’Orlando, il y fut question des armes que pouvait fournir Spandre et d’un coup d’État imaginé en Italie.

Bref, la justice italienne, il y a vingt ans déjà, disposait d’informations intéressantes sur un réseau d’activistes en lien avec des services secrets américains (la CIA ou plutôt la DIA, son équivalent militaire). Mais la Belgique n’en fit rien.

Belgique : reconstituer le puzzle

Dans l’ombre, forcément, le repenti Orlando a continué à aider la justice italienne à reconstituer le puzzle de la fameuse « stratégie de la tension », opérée par les États-Unis.

En Belgique, le tandem Raynal/Michaux a rendu son tablier en 2011. Jean-Pol Raynal a été le magistrat le plus longtemps en charge des Tueries du Brabant. Alors qu’il était en fin de mission, son enquête ne suivait plus vraiment d’axe précis. La piste politique a petit à petit été négligée au profit de la thèse initiale selon laquelle les tueurs seraient de simples braqueurs. Un moment, une profileuse spécialisée dans les mœurs du grand banditisme a été embauchée pour aider les enquêteurs, sans résultats évidents.

Quand elle fut appelée en renfort, au printemps 2009, Martine Michel, la sixième juge à se coltiner l’affaire, demanda illico à son greffier de remettre de l’ordre dans le dossier. Rien n’avait été inventorié. Des pièces étaient éparpillées ou avaient disparu. Ce travail de fourmi dura plus d’un an. La juge Michel repartit à zéro, relança la piste politique de l’extrême droite, chercha – enfin – à comprendre le rôle des États-Unis, enquêta sur les manipulations qui firent dévier l’enquête dès 1985/1986, voire avant.

On en reste là. À ce jour, cette piste du terrorisme international reste rangée dans l’armoire aux souvenirs.


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HERVE




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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyJeu 27 Aoû 2020 - 12:05


https://books.google.be/books?id=XPjyDwAAQBAJ&pg=PT114&dq=%22L%27oro+di+Gelli%22&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiEw9-0uO_qAhXFCewKHYZ0ATUQ6AEwAHoECAQQAg#v=onepage&q=%22L'oro%20di%20Gelli%22&f=false

L'oro di Gelli
Roberto Scardova
(2020)

(traduction)

Il s'agissait d'une simple note manuscrite de Licio Gelli adressée à "M.C.". Il s'agissait d'une importante somme d'argent, cinq millions de dollars, provenant d'un compte de la banque Ubs à Genève, et livrée en espèces du 20 au 30 juillet 1980 à des personnes non identifiées ; plus loin, Gelli écrit à propos d'un autre million de dollars livré le 1er septembre par Mme Agnolini, une employée de la banque suisse Ubs, à un certain "cap" dans son bureau. Au bénéfice de qui était ce dépôt était plutôt indiqué avec une référence précise : "Pollaio Alloia". Les dates indiquent que les paiements ont été effectués juste avant et juste après le massacre du 2 août.

Personne ne l'imaginait alors, mais ce furent les premières traces substantielles d'une opération financière cachée pour laquelle quarante ans plus tard, quarante ans après la sentence prononcée à l'issue du procès qui nous occupe, les journaux ont pu écrire que "Gelli a financé le massacre de Bologne". L'hypothèse, au moment où nous écrivons, est encore en cours d'examen par les enquêteurs, mais déjà maintenant elle semble très probable ; l'Association des familles des victimes du 2 août avait invité le Parquet de Bologne à s'en occuper dès 2010, en produisant les recherches effectuées par ses consultants. Il vaut donc la peine de le reconstruire dès le départ.

La note à "M.C." a été saisie par la Guardia di Finanza à Castiglion Fibocchi le jour où les bureaux de la société Gio.Le, les bureaux de Licio Gelli, ont été perquisitionnés. Ce jour-là, le 17 mars 1981, les magistrats milanais Giuliano Turone et Gherardo Colombo avaient secrètement envoyé les "Flammes jaunes" à la recherche de documents liés aux activités du financier Michele Sindona et à la disparition des fonds milliardaires du Banco Ambrosiano. Ils ont eu de la chance : d'une valise sont sorties les listes des membres de la loge P2. Un scandale politique d'une ampleur exceptionnelle est né. Gelli s'est enfui, se faisant passer pour un fugitif. Pendant des mois, les journaux n'ont parlé de rien d'autre ; le tract adressé à "M.C." s'est plutôt retrouvé, avec des millions d'autres documents, dans les volumineux dossiers du procès Ambrosiano.

Note : "Flammes jaunes" https://en.wikipedia.org/wiki/Gruppi_Sportivi_Fiamme_Gialle


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyDim 30 Aoû 2020 - 19:18


https://www.brogi.info/2010/03/processo-di-brescia-udienze-fino.html

Processo di Brescia: udienze fino a ottobre. Il ruolo dell’Aginter Press, il gruppo su Facebook

venerdì, 19 Marzo, 2010

(...)  Giraudo avrebbe trovato tracce di Serac anche in Belgio. Sarebbe di Serac l’out out posto al governo belga: «Basta con le rapine (una banda in cinque anni aveva ucciso 28 persone) se possono restare le basi Nato». Un legame della destra che porta forse oltre oceano.  (...)

(traduction)

Giraudo aurait également trouvé des traces de Serac en Belgique.

«Basta con le rapine (una banda in cinque anni aveva ucciso 28 persone) se possono restare le basi Nato»

Une connexion de droite qui mène peut-être à travers l'océan.


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMer 9 Sep 2020 - 10:13


L'ambassadeur des USA en Belgique du 18 novembre 1983 au 30 juin 1988 était Geoffrey Swaebe :


Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Sw10



https://en.wikipedia.org/wiki/Geoffrey_Swaebe

(...) In 1981, Ronald Reagan appointed him United States' representative at the United Nations in Geneva. While Ambassador to Belgium,[2] he needed to negotiate with the Belgians to not back out of an agreement to accept American cruise missiles on Belgian soil as part of a NATO strategy (...)

https://history.state.gov/departmenthistory/people/swaebe-geoffrey

https://www.nytimes.com/1997/02/24/world/geoffrey-swaebe-86-former-envoy-to-belgium.html

https://www.latimes.com/archives/la-xpm-1997-02-20-me-30489-story.html

Il en est question dans l'autobiographie du chef de station de la CIA à Bruxelles Richard L. Holm (avec une modification - que je crois volontaire - de l'orthographe).


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Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Hol210


Il modifie aussi le nom du directeur de la Sûreté de l'Etat Albert Raes ... qui devient Alfred R.

Richard L. Holm est venu "en reconnaissance" à Bruxelles en mars 1985 mais a réellement pris ses fonctions un peu après. Il ne dévoile pas le nom de son peu populaire prédécesseur.

Il y a un passage très intéressant dans l'autobiographie de Richard L. Holm sur une "operation of high sensitivity" :


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Dernière édition par HERVE le Mer 9 Sep 2020 - 12:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMer 9 Sep 2020 - 12:43

Bravo Medor
Merci Herve
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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMer 9 Sep 2020 - 13:48


Il y a eu quelques modifications dans une édition ultérieure :

Craft We Chose: My Life in the CIA
Richard L. Holm

https://books.google.be/books?redir_esc=y&hl=fr&id=mvABBAAAQBAJ&q=Schwaebe#v=onepage&q=Brussels&f=false


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... et le nom de Geoffrey Swaebe est écrit correctement.


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMer 9 Sep 2020 - 14:56


https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Geoffrey_Swaebe_and_Ronald_Reagan.jpg

Ronald Reagan and Geoffrey Swaebe at Château du Stuyvenberg
Taken on 3 March 1988


Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Swa10


Sommet de l'OTAN à Bruxelles les 2 et 3 mars 1988


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyMer 9 Sep 2020 - 17:52


Une courte biographie de Richard L. Holm :

https://blackburn.edu/news/blackburn-college-and-the-american-legion-hold-veterans-day-convocation/


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyJeu 10 Sep 2020 - 10:43


Sur Richard L. Holm, voir aussi :

https://www.cia.gov/library/center-for-the-study-of-intelligence/csi-publications/csi-studies/studies/winter99-00/art2.html


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyJeu 10 Sep 2020 - 14:40


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Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Sw210


The May Department Stores Company est une entreprise américaine, holding de grands magasins. Fondée à Leadville par David May en 1877, elle avait son siège dans le centre-ville de Saint-Louis au Missouri. Elle a fusionné avec Federated Department Stores, Inc. (actuel Macy's, Inc.) en 2005.


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyVen 11 Sep 2020 - 17:50


Un événement qu'on ne peut passer sous silence : la réunion des anciens "Jedburghs" à Paris en mai-juin 1984 (pour le 40ème anniversaire).

Il y avait notamment William Colby et John Singlaub (qui en parle dans son autobiographie), ainsi que - très probablement -  William Casey.

Voir la note adressée à William Casey par William Colby  (dans les archives de William Casey) :


Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Colby10


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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyVen 11 Sep 2020 - 19:42


William Casey était membre de l'Ordre de Malte (depuis 1964)


Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Casey_10



Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Casey_11



Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Casey210



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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptySam 12 Sep 2020 - 9:45


Dans les archives de William Casey, il y a de nombreux documents sur la Belgique pendant la seconde guerre mondiale.

A première vue, il s'agit de ce qu'il a demandé à "l'ancêtre" du CEGESOMA :


Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Vw10


Je ne sais pas pourquoi William Casey a désiré obtenir ces informations ...

Pendant la guerre, il était à la tête de l'OSS en Europe.




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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptySam 12 Sep 2020 - 17:12


A l'occasion de son décès, André Moyen a eu droit à un article dans la revue des anciens de l'OSS.

John K. Singlaub est à gauche sur la photo de couverture.


Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Oss111



Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Amo111

Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) Amo211
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MessageSujet: Re: Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020)   Articles de MEDOR (25, 26 et 27 août 2020) EmptyDim 13 Sep 2020 - 12:12


William Colby et Paul Aussaresses

https://fr.wikipedia.org/wiki/William_Colby

(...)   Pendant la Seconde Guerre mondiale, (William Colby) est membre des équipes « Jedburgh » de l'OSS dans lesquelles il se lie d'amitié avec notamment Paul Aussaresses ; il fut parachuté en France et effectua aussi des sabotages en Norvège contre l'occupant allemand.

Il rejoint la CIA peu après sa création. (...)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Aussaresses

(...)   Durant la Seconde Guerre mondiale, (Paul Aussaresses) participe au Jedburgh en vue de coordonner les opérations de résistance dans les territoires occupés par l'armée allemande. Il participe à la création du 11e choc, le bras armé du SDECE (l'ancêtre de la DGSE)   (...)


Paul Aussaresses et Yves Guérin Sérac (Aginter Presse)

https://fr.wikipedia.org/wiki/11e_r%C3%A9giment_parachutiste_de_choc

(...)

Personnalités ayant servi au sein du régiment

   Paul Aussaresses, général
   Erwan Bergot, écrivain et journaliste français
   Pierre Crousillac, général
   Déodat du Puy-Montbrun, colonel, fondateur du service action du SDECE et aide de camp du général de Lattre en Indochine
   Yves Guérin-Sérac
   Hoang Chung dit Dzim, Adjudant-chef, membre des Forces spéciales et maquisard Nung au cours de la guerre d'Indochine
   Ignace Mantei
   Raymond Muelle, officier parachutiste et écrivain français
   Guy Penaud, ancien commissaire de police et historien français
   Jean Sassi, colonel, membre des Forces spéciales au cours de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre d'Indochine

(...)

_ _ _

William Colby et William Casey se connaissaient très bien.

Voir la réunion des anciens "Jedburghs" à Paris en mai-juin 1984.

_ _ _


John K. Singlaub a aussi participé à cette réunion.

Dans son autobiographie, il parle d'abord de la création des "Jedburghs" :

Hazardous Duty
John K. Singlaub


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